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La présidente du Sénat prise en flagrant délit de tourisme aux frais des contribuables

Auteur: Nicolas Gagnon 2026/08/11

La présidente du Sénat, Raymonde Gagné, a dépensé près de 900 000 $ en voyages internationaux au cours des trois années suivant sa nomination, selon les données financières du gouvernement analysées par la Fédération canadienne des contribuables.

« Il est difficile de comprendre pourquoi une sénatrice non élue devrait parcourir le monde aux frais des contribuables. Que Raymonde Gagné leur ait refilé une facture de près d’un million de dollars pour ses voyages à l’étranger est tout simplement inacceptable », a déclaré Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC. « Le premier ministre Mark Carney doit exiger des comptes et s’assurer que les sénateurs cessent de faire le tour du monde avec la carte de crédit des contribuables. »

Depuis sa nomination à la présidence du Sénat en mai 2023, Gagné a facturé aux contribuables 875 677 $ pour au moins 14 voyages internationaux, selon les données financières. Le coût réel de ses déplacements est toutefois plus élevé, puisque les documents ne comprennent pas la totalité des dépenses liées à ses voyages au Chili, en Tunisie et aux Pays-Bas.

À titre de comparaison, les voyages internationaux du président de la Chambre des communes ont coûté 771 243 $ au cours de la même période. C’est environ 104 434 $ de moins que les dépenses de Raymonde Gagné à l’étranger.

Les documents relatifs à ses voyages de ne font état d’aucun remboursement aux contribuables.

Gagné touche un salaire annuel de 268 300 $. La présidente du Sénat bénéficie également d’allocations pour sa résidence et son véhicule, en plus d’autres avantages.

Les sénateurs ne sont pas élus et ne représentent aucune circonscription. Autrement dit, lorsque Gagné voyage à l’étranger, elle ne représente les électeurs d’aucune circonscription canadienne.

En mars 2026, Raymonde Gagné et son entourage se sont rendus au Japon notamment pour effectuer une « visite de courtoisie » auprès du ministre japonais des Affaires étrangères. La facture du voyage s’est élevée à 107 594 $.

En mars 2025, la sénatrice et sa délégation se sont rendues en Espagne et au Royaume-Uni, où elles ont notamment reçu une « nouvelle épée de cérémonie » du roi Charles. Ce voyage a coûté 105 156 $ aux contribuables.

En septembre 2024, Gagné et sa délégation se sont rendues en Nouvelle-Zélande pour effectuer des « visites officielles » à Rotorua, une destination touristique populaire, ainsi qu’à Christchurch et Wellington.

À Rotorua, Gagné a notamment visité le conseil municipal et posé pour une photo avec la mairesse. Pour mettre les choses en perspective, ce serait un peu comme si un sénateur étranger traversait le monde pour aller visiter l’hôtel de ville de Whistler, en Colombie-Britannique.

Le voyage en Nouvelle-Zélande a coûté 118 965 $.

Raymonde Gagné et son entourage se sont également rendus en Afrique en mars 2024. En Côte d’Ivoire, la délégation a notamment « assisté à l’ouverture de la Bourse régionale des valeurs mobilières » et à la signature protocolaire d’un protocole d’entente avec la Bourse de Montréal.

Au Bénin, la délégation a « visité d’importants sites touristiques » et en a appris davantage sur la « forêt sacrée de la culture vaudou ».

Le voyage en Afrique a coûté 101 816 $.

La présidente du Sénat et sa délégation se sont aussi rendues au Royaume-Uni et en Irlande afin de discuter notamment d’intelligence artificielle et de changements climatiques. La facture refilée aux contribuables s’est élevée à 82 877 $.

Selon les documents, la sénatrice s’est également rendue en Suisse, en France, aux États-Unis, en Belgique, au Brésil, en Roumanie, en République tchèque et en Afrique du Sud.

« Si Gagné veut faire une visite de courtoisie à un politicien japonais, elle peut décrocher le téléphone au lieu de refiler une facture à six chiffres aux contribuables », a déclaré Nicolas Gagnon. « Dans quel monde est-il acceptable qu’une sénatrice non élue facture des milliers de dollars aux contribuables pour des repas et des réceptions aux quatre coins du globe? »

Non seulement la sénatrice a effectué plus d’une douzaine de voyages internationaux, mais elle et ses délégations n’ont pas lésiné sur les dépenses de représentation pendant leurs séjours à l’étranger.

Gagné a facturé 2 822 $ aux contribuables pour un souper avec 11 autres personnes au Oxford and Cambridge Club de Londres, soit environ 235 $ par personne.

Elle a également dépensé 1 927 $ pour un dîner réunissant 12 personnes à Madrid, en Espagne, soit environ 160 $ par personne. Elle a aussi dépensé 1 408 $ pour un dîner de 13 personnes à Bucarest, en Roumanie, ainsi que 2 204 $ pour une réception à Dublin, dont le service de traiteur était assuré par « Gourmet Chef ».

« Si les sénateurs ne représentent personne d’autre qu’eux-mêmes, ils devraient au moins coûter beaucoup moins cher aux contribuables pour ne représenter personne », a déclaré Gagnon.

La présidente du Sénat a d’ailleurs parlé publiquement de sa passion pour les voyages à l’étranger.

Dans une entrevue accordée en 2024 à SenCAPlus, le magazine du Sénat, l’intervieweur soulignait que Gagné était une « grande voyageuse », ayant visité « 30 pays et presque tous les continents ».

« Ces expériences me sont précieuses », a déclaré Raymonde Gagné. « Mon conjoint actuel aime aussi voyager, et nous avons exploré l’Inde et le Japon ensemble. »

Selon les documents financiers, le « conjoint actuel » de Gagné l’a accompagnée lors d’au moins huit de ses voyages internationaux financés par les contribuables.

« Je me pince encore parfois lorsque je réalise que je siège dans la Chambre rouge », avait-elle déclaré.