Le Sénat est censé être la chambre de la « réflexion sobre », mais les sénateurs dépensent des dizaines de milliers de dollars en alcool, en plus de milliers de dollars en repas gastronomiques, soirées disco, mini-putt et salles d’évasion, selon des dépenses analysées par la Fédération canadienne des contribuables.
« Cela doit être particulièrement difficile pour les sénateurs d’offrir une réflexion vraiment sobre quand ils dépensent des milliers de dollars en alcool », a déclaré Franco Terrazzano, directeur fédéral de la Fédération canadienne des contribuables. « Les contribuables vont être scandalisés lorsqu’ils verront comment des sénateurs non élus gonflent leurs comptes de dépenses. »
« Les sénateurs ont fait grimper leurs dépenses d’hospitalité de 67 % en un an, et je doute que la plupart des Canadiens pensent que le Sénat offre 67 % plus de valeur. »
Les sénateurs ont facturé 116 100 $ en dépenses d’hospitalité aux contribuables l’an dernier, soit une hausse de 67 % par rapport à l’année précédente. L’administration du Sénat et les dirigeants de la Chambre haute ont plus que doublé leurs dépenses d’hospitalité depuis 2019.
Mais au-delà de l’augmentation des dépenses, le constat le plus frappant concerne le type de dépenses que les sénateurs font payer aux contribuables.
Depuis 2019, le Sénat a dépensé 27 000 $ en alcool, acheté notamment à la LCBO, à la SAQ, dans des vignobles et au Beer Store. Le Sénat a aussi dépensé des milliers de dollars en cadeaux, dont 1 600 $ pour des « cadeaux » provenant d’une distillerie de Terre-Neuve-et-Labrador.
Les sénateurs facturent régulièrement aux contribuables des repas dans des restaurants haut de gamme. Ils ont dépensé 20 500 $ lors de neuf visites au restaurant Le St-Estèphe, un établissement réputé qui sert de la cuisine française.
Les sénateurs ont aussi dépensé 790 $ pour engager des barmans lors d’un seul événement. Ils ont également tenu trois réceptions au Rivero Disco, pour une facture de 2 100 $ aux contribuables.
Les sénateurs ont aussi facturé 644 $ dans un centre de mini-putt pour une seule « séance de travail du personnel ». Ils ont également facturé 210 $ aux contribuables pour tenter de sortir d’une salle d’évasion.
« Je ne vois pas en quoi facturer des centaines de dollars aux contribuables pour jouer au mini-putt aide les sénateurs à étudier les lois », a déclaré Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC. « Les comptes de dépenses devraient être utilisés avec parcimonie et uniquement pour des activités essentielles liées au travail. Il n’y a aucune raison pour laquelle les sénateurs devraient pouvoir s’en servir afin de multiplier les privilèges payés par les contribuables. »
« Pourquoi les sénateurs pensent-ils que des contribuables, qui ont déjà de la difficulté à boucler leur budget, devraient payer pour leurs cadeaux, leurs fleurs, leurs repas gastronomiques, leur alcool, leurs parties de mini-putt et leurs soirées disco ? »
La sénatrice Yvonne Boyer est l’une des plus grandes dépensières en matière d’hospitalité au Sénat. Elle figure parmi les dix plus grandes dépensières dans cette catégorie pour chacune des six dernières années, ce qui a coûté près de 15 000 $ aux contribuables depuis 2019.
Boyer a dépensé 8 000 $ en « cadeaux » en six ans. Elle a aussi dépensé 340 $ au restaurant The Keg pour une « réunion d’affaires » avec quatre personnes et 100 $ dans un bar à vin pour une « réunion d’affaires » avec deux personnes.
La sénatrice Marilou McPhedran est une autre grande dépensière. Elle a facturé 377 $ au Château Laurier en une seule journée. Le Château Laurier est l’un des endroits les plus populaires pour les « réunions d’affaires » des sénateurs.
McPhedran a également dépensé 623 $ pour une « réunion d’affaires » avec dix personnes au musée Aga Khan.
Le sénateur David Wells, également parmi les plus grands dépensiers en hospitalité, a facturé 555 $ lors de plusieurs visites au Mallard’s Cottage, un établissement tricentenaire de St John’s qui sert notamment des spécialités comme des langues de morue et des choux de Bruxelles à 16 $.
Le sénateur Mohamed Iqbal Ravalia a dépensé 1 100 $ pour une seule réunion d’affaires au restaurant India Gate avec 20 personnes, en plus de 260 $ pour des fleurs.
La sénatrice Bernadette Clement a dépensé environ 3 300 $ uniquement en cadeaux.
« Ce n’est pas parce qu’on appelle le Sénat ‘’la Chambre rouge’’ que les sénateurs devraient plonger davantage les contribuables canadiens dans le rouge », a déclaré M. Gagnon. « Le premier ministre Mark Carney doit mettre fin à ces dépenses frivoles et injustifiables. »
Les sénateurs non élus reçoivent également une augmentation salariale automatique chaque année. Le salaire de base d’un sénateur est actuellement de 184 800 $, et devrait atteindre environ 193 600 $ après l’augmentation du 1er avril cette année.
Mais ce salaire ne représente qu’une partie du coût du Sénat pour les contribuables. Les sénateurs disposent aussi de budgets distincts pour l’hospitalité, les bureaux, les déplacements et d’autres dépenses, tous payés par les contribuables.
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