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Pour un gouvernement durable

Auteur: Renaud Brossard 24/02/2020

(Texte paru dans Le Devoir du 24 février 2020)



Malgré ses surplus crésusiens, le gouvernement du Québec s’enligne pour renouer avec les déficits au cours de la prochaine décennie. C’est le constat qu’ont fait tant la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke que l’Institut du Québec.  Le gouvernement Legault doit mieux contrôler les dépenses aujourd’hui si l’on souhaite passer par-dessus les défis financiers annoncés.

D’abord, il est important de reconnaître que ce n’est pas les revenus qui manquent.

Le Québec remporte toujours le triste titre de juridiction la plus taxée en Amérique du Nord, dépassant la moyenne des pays industrialisés, et cela continue de monter.

Cette pression, on la sent à chaque saison des impôts. Un Québécois gagnant 40 000$ par année paie presque 50 pourcent plus de taxes et d’impôts au gouvernement provincial que s’il vivait de l’autre côté de la rivière des Outaouais, en Ontario, et ce même en ajustant pour l’abattement pour le Québec.

Nos gouvernements en sont venus à accaparer une part de plus en plus grande de l’économie du Québec, passant de 36,2 pourcent, à 38,6 pourcent au cours de la dernière décennie. Non seulement notre économie a-t-elle continué à croître, augmentant par le fait même les recettes de nos gouvernements, mais en plus, nos gouvernements se sont approprié une part de gâteau.

Au cours de la même période, les revenus autonomes du gouvernement du Québec sont passés de 54,2 milliards de dollars à 90,1 milliards de dollars, en ajustant pour l’inflation.

Ce n’est pas les revenus qui manquent à Québec; c’est l’explosion des dépenses qui est le problème.

Nos programmes sociaux ont, en grande partie, été conçus dans les années suivant le baby-boom, alors que la population québécoise était relativement jeune. En 1971, au Québec, l’âge médian était de 25,6 ans seulement. Cela signifie qu’il y avait un bon paquet de personnes sur le marché du travail.

Cela signifie aussi une forte augmentation des revenus gouvernementaux, vu le nombre élevé de travailleurs. Il y avait ainsi un grand nombre de travailleurs pour soutenir les retraités, comptant à l’époque 7,8 travailleurs pour chaque retraité.

Or, les choses ont changé aujourd’hui. Aujourd’hui, l’âge médian au Québec est estimé à 42,6 ans, et le ratio de travailleurs par retraités n’est plus qu’à 2,9. La situation continue de s’empirer.

Ce vieillissement a déjà un fort impact sur notre budget en santé. En 1971, la santé accaparait un peu moins de 25 pourcent du budget du gouvernement. Aujourd’hui, les soins de santé accaparent près de la moitié du budget du gouvernement, et cette part continue de croître plus rapidement que les revenus ne croissent.

Si les coûts des soins de santé augmentent au fur et à mesure que la population vieillit, ce n’est pas le seul programme gouvernemental à faire de la sorte.

Donc, on se trouve dans une situation où le gouvernement va déjà chercher des sommes mirobolantes dans les poches des Québécois, où les dépenses augmentent rapidement à cause du vieillissement de la population, et où le nombre de travailleurs supportant le fardeau fiscal de ces dépenses est en diminution. Il est clair que la situation est intenable.

L’Institut du Québec estime que, si rien n’est fait, le Québec passerait d’un surplus de 4,3 milliards cette année à un déficit de plus de 6 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. La bonne nouvelle, c’est que nous avons encore le temps de nous y attaquer et de régler le problème. L’autre bonne nouvelle, c’est que nous connaissons déjà la solution.

Au cours des années 90, le gouvernement fédéral a failli foncer dans un mur. Tant son endettement que ses dépenses étaient hors de contrôle. Parmi les mesures que le gouvernement de Jean Chrétien avait prises à l’époque, se trouvaient une révision complète des programmes, avec, comme objectif, une réduction des dépenses.

C’est cette révision des programmes qui a permis au gouvernement fédéral de réduire son endettement et de renouer avec la viabilité financière. Une telle révision des programmes, au Québec, permettrait d’achever le même objectif. La différence est qu’en la faisant dès aujourd’hui, au lieu d’attendre d’être le fait accompli, nous pouvons diminuer l’impact sur la population.

Les exemples de gaspillage abondent. Plus tôt cette année, le rapport MacKinnon faisait état du fait que le gouvernement du Québec comptait 43 pourcent plus d’employés administratifs per capita que le moyenne des provinces populeuses. Toute tentative pour renouer avec la viabilité financière devrait adresser cette différence dans la taille de la bureaucratie.

Pendant des années, François Legault martelait qu’il souhaitait faire une réingénierie de l’État québécois. En assurer la viabilité financière sur le long terme, en faire un gouvernement durable, serait le bon endroit par où commencer.