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Stade Olympique: Pas un sous de plus

Auteur: Nicolas Gagnon 2024/02/29

La ministre du Tourisme Caroline Proulx a beau essayer de se faire rassurante, les contribuables sont en droit de s'inquiéter du coût de la nouvelle toiture du Stade olympique de Montréal.

Les études douteuses et le manque de transparence du gouvernement soulèvent de sérieux doutes.


Le 5 février, Mme Proulx a annoncé l'intention du gouvernement de dépenser 870 millions de dollars pour rénover le Stade olympique.

Du même coup, les contribuables québécois ont appris avec surprise qu'ils devraient assumer la totalité de la facture.

Une telle somme a de quoi surprendre. 

 

À titre de comparaison, le Centre Vidéotron de Québec a coûté 370 millions de dollars aux contribuables. Et pour 870 millions de dollars, le Québec pourrait construire 21 nouvelles écoles primaires

Les Québécois connaissent bien les déboires et les dépassements de coûts liés au stade olympique.

Inauguré en 1976 pour les Jeux olympiques d'été, le stade a une histoire financière tumultueuse. Son coût de construction initial, estimé à 300 millions de dollars par l'administration du maire Jean Drapeau, a rapidement grimpé à 1,6 milliard de dollars

La flambée des coûts est due à plusieurs facteurs, dont la complexité de l'esthétique, l'inflation et les nombreux changements d'orientation de la construction.

À ce jour, il est estimé que les Québécois ont dépensé près 4 milliards de dollars pour construire et entretenir le stade.

Malgré toutes ces dépenses, le gouvernement veut maintenant ajouter près d'un milliard de plus pour le toit. Comment les contribuables peuvent-ils espérer en avoir pour leur argent ?

Lors de son annonce, Mme Proulx a tenté de rassurer les Québécois en présentant des projections trop belles pour être vraies

Selon les estimations du ministère du Tourisme, le remplacement du toit permettra au Parc olympique de générer 1,5 milliard de dollars sur 10 ans, les retombées économiques annuelles passant de 68 à 150 millions de dollars et les recettes commerciales de 23 à 61 millions de dollars. 

Mme Proulx suggère même que le nouveau toit permettrait d'augmenter le nombre d'événements de 30 à 100 par an et de doubler le nombre de visiteurs payants, qui passerait de un à deux millions.

C'est beaucoup de magie pour un nouveau toit ! 

Il est difficile d'imaginer que le nouveau toit d’un vieux stade puisse susciter autant d'intérêt alors qu'aucune équipe sportive ne s'y est installée depuis le départ des Expos en 2004, il y a maintenant vingt ans.

Mais voilà le problème : jusqu'à preuve du contraire, les études d'impact économique du ministère du tourisme ne sont pas fondées. À ce jour, les demandes d'accès à l'information pour obtenir des précisions sur ces projections sont restées sans réponse. 

Mais il n'y a pas que les études d'impact économique qui laissent perplexe.

Le gouvernement justifie son investissement faramineux de 870 millions de dollars en affirmant que la destruction du stade coûterait 2 milliards de dollars.

Cette affirmation est basée sur une seule étude datant de 20 ans et aucun bâtiment en Amérique n'a jamais été détruit pour un tel montant. 

On peut aisément citer le Robert F. Kennedy Memorial Stadium à Washington, D.C., détruit pour 20 millions de dollars, ou le Yankee Stadium de New York, démantelé pour 25 millions de dollars, pour monter à quel point les calculs du gouvernement sont douteux.

Et comme si cela n’était pas assez, la ministre du Tourisme refuse de commander une nouvelle étude.

Le manque de transparence du gouvernement dans le dossier du Stade olympique devrait rendre les contribuables livides alors qu'ils s'apprêtent à payer la facture des rénovations. 

Les Québécois ont le droit de savoir comment l'argent de leurs impôts est dépensé afin de s'assurer que les projets financés par l'État répondent à leurs besoins. 

Tant et aussi longtemps que le gouvernement de François Legault n'aura pas prouvé aux contribuables comment ils pourront récupérer leur argent en rénovant un stade vide, le projet devrait être mis sur la glace.