MONTRÉAL (Québec) - La Société canadienne d’hypothèques et de logement a versé 31,7 millions de dollars en primes l’an dernier, en pleine crise de l’abordabilité du logement qui perdure depuis des années, selon des documents gouvernementaux examinés par la Fédération canadienne des contribuables.
« Lorsqu’une organisation a pour mission de rendre le logement accessible, il est inacceptable que ses hauts dirigeants se voient attribuer des millions de dollars en primes financées par les contribuables, alors même que de nombreux Canadiens peinent à se loger », a déclaré Franco Terrazzano, directeur fédéral de la Fédération canadienne des contribuables. « Le ministre du Logement s’était engagé, il y a plusieurs années, à revoir le système de primes de la SCHL. Or, depuis, celles-ci n’ont cessé d’augmenter d’année en année. »
La SCHL est l’organisme fédéral responsable du logement qui affirme à répétition que son objectif est de rendre le « logement abordable pour tous ».
Bien que sa PDG ait reconnu que l’offre et l’abordabilité du logement « demeurent l’un des plus grands défis du Canada », la SCHL a versé 31,7 millions de dollars en primes financées par les contribuables l’an dernier, selon des documents gouvernementaux publiés en réponse à une question inscrite au Feuilleton.
Les dirigeants de la SCHL ont touché 3,5 millions de dollars en primes en 2025-2026. Cela représente une prime moyenne de 44 800 $ par dirigeant.
La SCHL a refusé de dévoiler la proportion de ses dirigeants ayant reçu une prime en 2025-2026, affirmant que cette « information constitue un renseignement personnel ». Cependant, la SCHL avait précédemment révélé qu’environ 99 % de ses dirigeants avaient reçu une prime en 2024-2025.
Les employés qui ne font pas partie de la direction ont quant à eux touché 28,2 millions de dollars en primes l’an dernier.
Les dirigeants de la SCHL ont l’habitude de récompenser leurs propres échecs avec l’argent des contribuables.
Des députés ont interrogé l’ancien ministre du Logement Sean Fraser au sujet des primes versées à la SCHL après que la Fédération canadienne des contribuables eut révélé que la société d’État continuait d’approuver des primes en pleine crise du logement.
Fraser avait déclaré en 2023 qu’il était « heureux d’examiner le processus d’attribution des primes ». Depuis le début de 2023, la SCHL a versé environ 90 millions de dollars en primes financées par les contribuables. En fait, le montant des primes versées par la SCHL a augmenté chaque année depuis cette promesse.
« Si les primes versées aux fonctionnaires permettaient réellement de rendre le logement plus abordable, chaque Canadien serait aujourd’hui propriétaire d’une maison avec piscine creusée et d’un chalet au bord d’un lac », a déclaré Terrazzano. « Les Canadiens ont besoin de davantage de logements, pas d’une multiplication de fonctionnaires bien rémunérés qui se distribuent des primes entre eux. »
La SCHL a continué de verser des primes malgré les difficultés des Canadiens à se loger.
La SCHL a récemment précisé davantage son objectif de « logement abordable pour tous ». Le site web de l’agence affirme que « d’ici 2030, tout le monde au Canada aura un logement abordable qui répond à ses besoins ».
Pourtant, les données montrent que la SCHL n’atteint pas ses objectifs.
Plutôt qu’un « logement abordable pour tous », Abacus Data décrit l’abordabilité du logement comme « une crise ressentie par tout le monde ». Son sondage de 2025 montre que près de neuf Canadiens sur dix sont préoccupés par la situation du logement et que la majorité des Canadiens s’inquiètent, au moins à l’occasion, de leur capacité à payer leur loyer ou leurs versements hypothécaires.
« Partout au pays, les acheteurs constatent qu’il est encore moins abordable d’être propriétaire aujourd’hui qu’avant la pandémie », selon un rapport publié en 2025 par la Banque Royale du Canada.
Même les propres données de la SCHL montrent qu’elle échoue à rendre le logement plus abordable.
Le Canadien moyen consacre plus de la moitié de son revenu au logement, comparativement à 39 % en 2019, selon les données de la SCHL.
« Le premier ministre Mark Carney doit mettre fin à la culture du privilège qui règne à Ottawa, où les hauts dirigeants du gouvernement touchent chaque année des primes financées par les contribuables même lorsque leur organisation échoue », a déclaré Nicolas Gagnon, directeur Québec de la Fédération canadienne des contribuables.
« Une prime devrait récompenser un rendement exceptionnel, pas être distribuée comme un trophée de participation. »
Les primes injustifiées sont depuis longtemps un symptôme de la culture du privilège qui règne à Ottawa.
Environ 98 % de tous les hauts dirigeants du gouvernement ont reçu une prime en 2024-2025, la dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Pendant ce temps, les ministères fédéraux n’ont atteint que 54 % de leurs objectifs de rendement cette année-là.